En septembre 2024, le musée de la Vie romantique, où le peintre Ary Scheffer vécut et travailla pendant près de trente ans au début du XIXe siècle, a fermé ses portes pour rénovation. Les travaux ont duré environ dix-sept mois ; la réouverture au public est prévue le 14 février, le jour de la Saint-Valentin. Une déclaration d’amour pour ce lieu que fréquentaient encore 230 000 visiteurs en 2023.
L’objectif des travaux était double : restaurer le site du musée et améliorer le parcours de visite. Le tout, grâce à une enveloppe de 3,8 millions d’euros alimentée par la Ville de Paris, des entreprises et des particuliers. La maîtrise d’œuvre a été confiée à l’agence Basalt Architecture. La charpente, la toiture et les façades, restaurées à la chaux conformément aux techniques traditionnelles du XIXe siècle, se trouvaient au cœur du projet de rénovation, ainsi que les menuiseries et les huisseries. Les volets verts ont retrouvé leur brun beige d’origine, recouvert au fil des ans de différentes teintes. C’est du moins dans cette couleur qu’Arie Johannes Lamme (le cousin de Scheffer) les avait représentés dans Ary Scheffer au travail dans son atelier, rue Chaptal, un tableau conservé au Dordrechts Museum, aux Pays-Bas.
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Vue du chantier du musée de la Vie romantique à Paris en septembre 2025. Photo : © Ville de Paris / Jean-Baptiste Gurliat
L’expérience du visiteur a été entièrement repensée. Le contrôle des sacs, autrefois effectué au beau milieu de l’allée, aura lieu dans un nouvel espace Vigipirate bâti au plus près de l’entrée. Le chemin, désormais dégagé jusqu’à la façade du musée, est jalonné de panneaux pédagogiques. L’ancien accueil, situé dans le premier bâtiment à gauche, a cédé la place à un film consacré à l’histoire du site, tandis que la billetterie, la boutique et les vestiaires ont été regroupés dans d’anciens bureaux donnant sur la cour. Cette dernière s’est vue complètement repavée, afin de répondre à des critères d’accessibilité.
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Vue du chantier du musée de la Vie romantique à Paris en septembre 2025. Photo : © Ville de Paris / Jean-Baptiste Gurliat
On doit la refonte scénographique au cabinet àkiko Designers. À chaque salle, son identité chromatique, des tentures murales aux rideaux. Aux parquets remis à neuf répondent des lambris brun foncé forts de lisses vouées à accueillir des cartels interchangeables. Le rez-de-chaussée, entièrement axé sur la « vie romantique », replace Ary Scheffer dans son époque, au sein de son cercle d’amis, du compositeur Frédéric Chopin à la cantatrice Pauline Viardot, en passant par le peintre Eugène Delacroix.
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Arie Johannes Lamme, Atelier d’Ary Scheffer, rue Chaptal, 1851, Musée de la Vie romantique © Paris Musées / Musée de la Vie Romantique
Une salle entière sera dédiée à George Sand, parfois identifiée dans l’imaginaire collectif comme la maîtresse des lieux. La confusion vient du transfert de ses effets personnels – don de sa petite-fille à la Ville de Paris – au musée lors de sa création dans les années 1980, c’est-à-dire à une époque où les œuvres de Scheffer n’y étaient pas encore présentées.
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Auguste Charpentier, Portrait de George Sand, 1838, Musée de la Vie romantique © P
Au deuxième étage de cette maison — construite en 1830 par l’entrepreneur Wormser, immédiatement louée puis agrandie par Scheffer, avant d’être vendue à l’État français en 1956, lequel envisageait initialement d’en faire une annexe du musée Carnavalet —, le parcours, enrichi de dispositifs multimédias (écrans tactiles, ambiances sonores, outils numériques…), s’articule autour de quatre grands thèmes romantiques : la nature et le paysage, les sentiments, la littérature et le fantastique. Sur les quelque 2 340 œuvres conservées, 300 sont exposées, dont 70 récemment restaurées. C’est le cas de Faust dans son atelier (1831) d’Ary Scheffer.



L’exposition inaugurale Face au ciel, Paul Huet en son temps, qui se déploiera dans l’annexe située à gauche en sortant du bâtiment principal, tourne autour des ciels du peintre Paul Huet (1803-1869), proche d’Ary Scheffer souvent qualifié de pré-impressionniste. Inspiré par les grands maîtres anglais tels que Constable et Turner, il a influencé plusieurs artistes français, dont Camille Corot.
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Paul Huet, Ruines du château de Pierrefonds, 1867, Compiègne, Château. Photo © GrandPalaisRmn (Domaine de Compiègne) / image GrandPalaisRmn
Ses paysages seront confrontés à des œuvres de Paul Flandrin, Eugène Delacroix, Théodore Rousseau, Georges Michel, Eugène Isabey et Eugène Boudin. De quoi placer la réouverture du lieu sous des cieux favorables.
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Paul Huet, La Laïta à marée haute, 1865, Quimper, Musée des Beaux-Arts. Photo © GrandPalaisRmn / Mathieu Rabeau
Musée de la Vie romantique
16 rue Chaptal, 75009, Paris
Réouverture le 14 février 2026
Exposition inaugurale : « Face au ciel, Paul Huet en temps », du 14 février au 30 août