L’Astrologue ou les Faux présages, une pièce « à la manière de Molière » a l’Opéra de Versailles

Né il y a presque trois ans, ce projet est le fruit d’une rencontre entre deux mondes : le trio d’artistes français Obvious, pionnier de l’art génératif, et la troupe du Théâtre Molière Sorbonne sous la direction de Mickaël Bouffard, accompagné par la doctorante Coraline Renaux. Dans le cadre du projet Molière Ex Machina, sous la houlette de Pierre-Marie Chauvin, vice-président Arts, sciences, culture et société de Sorbonne Université, ce collectif a produit une création théâtrale, à la fois historiquement informée et assistée par l’intelligence artificielle.

A rebours de certains usages de l’IA, le projet témoigne de l’importance du temps long, du travail collaboratif et d’une vigilance critique constante dans les usages scientifiques et artistiques de l’intelligence artificielle. En nourrissant le Chat de Mistral AI de savoirs sur le processus créatif, les sources et les inspirations du plus célèbre dramaturge et comédien français, l’équipe de Molière Ex Machina a voulu voir jusqu’où la machine pouvait aller en étant très fortement guidée et encadrée par l’expertise scientifique.

L’équipe Molière Ex Machina au complet

Si aucun mot de cette pièce n’est directement issu de la main d’un auteur humain unique, chaque phrase a cependant été façonnée, éprouvée, interrogée et affinée par une équipe créative bien humaine, et des comités de lecture formés de spécialistes de littérature et de linguistique. L’ambition n’est pas de refaire du Molière, mais d’atteindre une forme de vraisemblance, grâce à une méthode exigeante et encadrée par l’intelligence humaine.

Ce projet a également permis de mettre en lumière une grande diversité de savoir-faire et de métiers d’art (costumes, décors, musiques, techniques de jeu du XVIIe siècle) qui dialoguent avec l’IA pour repousser les frontières de la création.

Le texte généré par IA a été passé au peigne fin pour mimer au mieux le style de Jean-Baptiste Poquelin, dans son humour farceur comme dans sa prose truffée de turlupinades et autres jeux de mots plus ou moins fins. Histoire d’achever l’illusion, les comédiens ont adopté la diction propre au théâtre du XVIIe siècle – avec ses « r » roulés, ses consonnes finales prononcées et ses liaisons systématiques – pour un résultat qui, à nos oreilles de moldus, sonne comme un mélange entre la langue des nains du Seigneur des Anneaux et le parler gascon.


Représentation de la pièce de théâtre « L’Astrologue ou les Faux présages » du collectif Molière Ex-Machina © Usbek & Rica

Côté algorithmes, le collectif Molière Ex Machina a également pris toutes les précautions. Pour le texte, c’est à la startup tricolore Mistral qu’il s’en est remis, abreuvant son chatbot des œuvres du dramaturge, de références issues de sa bibliothèque et de textes de son époque. Pour les musiques, costumes et décors, c’est l’open source qui a primé avec la plateforme NotaGen, nourrie des partitions de compositeurs baroques dont Marc-Antoine Charpentier et Jean-Baptiste Lully, et l’outil Flux AI, entraîné à partir de croquis du XVIIe siècle, notamment ceux du dessinateur Henri de Gissey. De quoi éviter tout anachronisme naïf – travers auquel succombent volontiers des modèles généralistes comme ChatGPT et Midjourney.

En tout, il aura fallu deux ans, des dizaines de versions par scène et une centaine de parties prenantes pour faire de L’Astrologue ou les Faux Présages une comédie crédible, qui mime à s’y méprendre la prose et l’esprit de Jean-Baptiste Poquelin. Parmi lesquels Antoine Gheerbrant (linguiste et spécialiste de la prose de Molière), Xavier Fresquet (musicologue à la Sorbonne), Lise Michel (spécialiste de l’astrologie dans les œuvres du Grand Siècle), Coraline Renaux (doctorante en littérature), Diego Salamanca (musicologue à la Sorbonne) et Théodora Psychoyou (grande spécialiste de Marc-Antoine Charpentier, compositeur des dernières pièces de Molière). Sans oublier les centaines d’heure de travail des costumières qui se sont pliées aux méthodes de couture du XVIIe siècle, délaissant la machine à coudre au profit de l’aiguille. 

L’Astrologue ou les Faux Présages
Auteurs : Mickaël Bouffard (co-directeur du Théâtre Molière Sorbonne), Hugo Caselles-Dupré, Pierre Fautrel et Gauthier Vernier (collectif Obvious), Coraline Renaux (doctorante en littérature), à l’aide des algorithmes de Mistral AI, de Flux et de NotaGen.
Cette pièce met en scène Géronte, un bourgeois naïf qui laisse un astrologue charlatan nommé Pseudoramus guider ses choix. Trompé par de fausses prédictions, il veut marier sa fille Lucile à un homme qu’elle n’aime pas. Mais Lucile, déjà amoureuse de Cléonte, peut compter sur l’aide de sa servante rusée pour déjouer le plan de son père.
Premières représentations : Les 5 et 6 mai à l’Opéra Royal du Château de Versailles
Prochaines représentations : Le samedi 20 juin lors de la journée grand public de VivaTech, puis et du 25 au 28 juin au Théâtre de la Cité Internationale, à Paris.

via https://www.sorbonne-universite.fr/actualites/lastrologue-ou-les-faux-presages-une-piece-concue-la-maniere-de-moliere / https://usbeketrica.com/fr/article/on-a-vu-la-premiere-piece-de-theatre-entierement-generee-par-ia-et-c-etait-bluffant