Expo ILIAZD, POÈTE-ARCHITECTE DU LIVRE

Méconnu en France aujourd’hui, bien que célébré dans nombre de pays d monde, l’artiste géorgien Iliazd (1894-1975) est l’un des plus grands typographes du XXe siècle. Il était concepteur, typographe, et éditeur de livres dans lesquels sont intervenus nombre d’artistes majeurs du XXe siècle, Picasso, Max Ernst, Miró, Camille Bryen et tant d’autres. La maison d’édition qu’il a dirigée toute sa vie, en Géorgie puis en France se nomme : Les éditions du Degré 41.

La richesse de sa personnalité empêche de le cantonner à une activité : ce poète qui écrivit des romans fut aussi un archéologue, explorant le Caucase et le haut plateau arménien en quête des églises anciennes et devenu un Byzantinologue reconnu. En France, il fut un créateur de modèles de tissus pour Sonia Delaunay et Gabrielle Chanel, un passionné de céramique aux côtés de Picasso ou l’artisan de la Série C de La Boite en valise de Marcel Duchamp. Érudit, chercheur dans l’âme, il aimait à découvrir et faire redécouvrir des textes oubliés.

Mais c’est d’abord le poète, le typographe et le créateur de livres extraordinaires qu’en hommage à l’éditeur d’Alès, le Musée Pierre André Benoit célèbre à partir du printemps 2026.

L’exposition est centrée sur « l’art de la lettre et de la page » maîtrisé par Iliazd. Son pari est double : il s’agit de provoquer la rencontre entre le public et des ouvrages exceptionnels soumis à des contraintes de conservation et de monstration. Par ailleurs, le public entendra, à travers des lectures, le rythme des textes d’Iliazd. 

L’initiative du Musée-bibliothèque Pierre André Benoit contribue à réévaluer dans notre pays l’apport aux avant-gardes du XXe siècle de cet artiste resté toute sa vie fidèle à la liberté expérimentée dans le creuset du futurisme russe. Les visiteurs de l’exposition retrouveront, parmi les œuvres présentées au Musée, les noms qui leur sont familiers, en particulier Jean Arp, Georges Braque, Camille Bryen, Pablo Picasso, Michel Seuphor, Léopold Survage, Tristan Tzara et bien sûr Pierre André Benoit.

Poésie de mots inconnus

Le livre publié par Iliazd en 1949, Poésie de mots inconnus est le centre de l’exposition. Cette anthologie de la poésie zaoum et dada, est une réponse cinglante aux tenants du « lettrisme ». Les textes sont signés d’une vingtaine d’artistes, du russe Khlebnikov à l’écrivain et peintre Michel Seuphor, d’Antonin Artaud à Raoul Hausmann ou Camille Bryen.

Iliazd, poésie de mots inconnus Hausmann (c)Iliazd

23 gravures accompagnent ces textes, réalisées par Chagall ou Picasso, Max Ernst, Wols, Matisse ou Jean Arp qui grave d’après un dessin de Sophie Taeuber-Arp. Poésie de mots inconnus est une porte d’entrée à l’œuvre d’Iliazd.

Ce livre joue de toutes sortes d’écritures inventées. En outre, il permet de saisir la fascination qu’exerce sur Iliazd le mystère des langues et des écritures.

65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie

Iliazd pioche dans les écrits laissés par Ernst Guillaume Tempel et joue avec la typographie pour composer des mots et des phrases en forme de constellations ou d’étoiles filantes. 

Iliazd et Max Ernst, 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie, détail de la page 5, collection particulière
« Depuis Pâques je porte dans ma poche l’annonce que mon télescope est à vendre »
Iliazd et Marx Ernst, 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie, page 7, collection particulière

Né dans une modeste famille de Saxe au début du 19e siècle, ce Tempel n’a pas de formation académique, mais se passionne pour l’astronomie. Embauché comme assistant à l’observatoire de Marseille, il met au jour de nombreux astéroïdes et comètes. Mais la communauté scientifique ne le prend pas au sérieux et refuse de reconnaître officiellement ses découvertes. Il finit même par être chassé de France quand éclate la guerre contre la Prusse en 1870.

Iliazd confie les illustrations à l’artiste surréaliste Max Ernst. Celui-ci utilise une technique de gravure, l’aquatinte, qui donne des résultats proches de l’aquarelle.

Iliazd et Marx Ernst, 65 Maximiliana ou la pratique illégale de l’astronomie, page 12, collection particulière

L’ouvrage, publié à seulement soixante exemplaires en 1964, est un véritable bijou dans lequel règne l’harmonie entre texte et image, tant recherchée par Iliazd.

Et si les mots devenaient image ?
Inspirez-vous de l’univers d’Iliazd et proposez votre création typographique autour du texte Malta Molta de PAB (1964).

Affiche et règlement à télécharger (PDF – 225 Ko)

Commissaire d’exposition

Françoise Nicol,
professeure émérite de littérature et arts à l’université de Nantes et spécialiste des rapports entre poésie et peinture à l’époque moderne.

Jusqu’au 31 octobre,
Musée bibliothèque Pierre André Benoit
52 Montée des Lauriers, 30100 Alès
https://www.museepab.fr/en-ce-moment/