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Le Musée du monde en mutation, pour une approche artistique du métabolisme urbain

Et si, à défaut de pouvoir aller à l’opéra, nous admirions la valse des grues, l’entrechat des ouvriers casqués, la mélodie des bétonneuses ? Cette idée, c’est celle qui se dessine derrière le Musée du Monde en Mutation qui, comme ne l’indique pas son nom, n’est pas un vrai musée. Mais un espace d’exposition fictif, à découvrir sur un site web dédié.

C’est « un laboratoire pour contempler et éprouver le monde qui se transforme » précise son créateur, l’artiste Stefan Shankland. Plus précisément, c’est une expérimentation artistique collective basée sur le plus grand incinérateur d’Europe : l’usine de traitement et de valorisation de déchets Ivry/Paris XIII.

Missionné depuis 2012 par le Syctom – l’agence métropolitaine des déchets ménagers en charge du traitement et de la valorisation des ordures ménagères – Stefan Shankland cherche à traduire artistiquement trois grandes mutations en cours sur le lieu : au quotidien, une mutation de la matière usée avec la transformation des déchets de 1,5 million d’habitants en énergie ; à moyen terme, une mutation architecturale avec la refonte de l’usine ; et à long terme, une mutation urbaine avec la métamorphose du territoire. « Il y a ici une collection incroyable de mutations qui vont du moléculaire au métropolitain : transformations physiques, chimiques, atomiques, thermiques, et mutations moléculaires pour fixer les particules toxiques des fumées issues de l’incinération des déchets ; mais aussi la transformation du chantier de l’usine elle-même au cours des dix années à venir ; et la mutation de la métropole, particulièrement visible ici à la frontière entre Paris et Ivry », relate Stefan Shankland.

Le Musée du Monde en Mutation s’inscrit aussi dans la lignée du « chantier-spectacle », ces visites privées de chantiers organisées notamment par le Baron Haussmann au moment de la transfiguration de Paris. Mais ce qui intéresse Stefan Shankland, c’est la dimension esthétique involontaire et pourtant intrinsèque de l’usine. « Ici, l’accumulation des déchets produits par 1,5 million d’habitants fabrique une sculpture participative aussi exemplaire qu’involontaire », remarque-t-il. Il la compare ainsi aux Expositions universelles : « Les Expositions universelles étaient de vastes chantiers emblématiques de la grande époque de Paris centre du monde. La tour Eiffel est ce qu’il nous reste comme trace de cette période prolifique en monuments éphémères, à la gloire d’un monde en pleine transformation industrielle. Ce qui se passe aujourd’hui dans et autour de l’usine du Syctom est une sorte de tour Eiffel inversée : un monument invisible et inconnu au monde d’après ; un monument involontaire qui nous donne à voir le monde en mutation en ce début de XXIe siècle. L’usine en transformation est une sorte de ready-made latent qui attend un acte artistique ou symbolique pour la faire passer de l’ordinaire à l’extraordinaire, de l’invisible au Manifeste ».

Via https://usbeketrica.com/fr/article/au-musee-du-monde-en-mutation-le-chantier-spectacle-fait-son-grand-retour