Une fiction digitale nous amène dans les musées de Genève

Un feuilleton numérique en neuf épisodes met en valeur les collections des institutions culturelles de la Ville à travers un récit inédit mêlant textes, images et sons.

Par Philippe Muri

«Il y a quelqu’un?» Par mégarde, David s’est laissé enfermer à l’intérieur du Musée d’histoire des sciences. Lorsqu’il se dirige vers la porte d’entrée, la porte est verrouillée. Soudain, il entend le parquet craquer au-dessus de sa tête. Le cœur battant, il gravit les escaliers.
Au premier étage du bâtiment, une lumière extérieure attire son regard. Dans le jour tombant, il aperçoit au loin le massif du Mont-Blanc. Dans la pénombre, en face de lui, il prend aussi conscience d’une présence. Un vieil homme à l’uniforme élimé. Un gardien? Ce dernier va bientôt emmener David dans un univers riche en découverte et en expériences…Telle est la trame d’un feuilleton digital en neuf épisodes proposé par le Département de la culture et du sport, en attendant la réouverture prochaine des institutions culturelles. Deux fois par semaine, un volet de cette fiction numérique est à découvrir, par le texte, les images et le son.Ce récit romancé s’inscrit dans la collection des Sentiers culturels conçus par la Ville de Genève. Rédigé par Matylda Levet-Hagmajer, «Les Sentiers extra-ordinaires» donne un coup de projecteur novateur sur les collections de différentes institutions.

S’évader et rêver

«En période de semi-confinement, plus question de se rendre dans les musées. On a réfléchi au moyen de faire arriver les collections chez les gens, de manière originale», explique au bout du fil Matylda Levet-Hagmajer. Également écrivain, la chargée de projet a opté pour une fiction. «J’avais envie de trouver un biais qui permette de s’évader, de rêver.»

Imaginé au tout début du confinement, l’exercice est vite apparu relativement complexe. «Il fallait une trame incluant des pièces tirées des collections de la ville de Genève. Par ailleurs, la narration devait rester palpitante. Comme sujet, le Mont-Blanc m’a semblé idéal. C’est une montagne que tout le monde connaît à Genève, puisqu’on la voit depuis la ville. Elle possède un pouvoir évocateur très fort, qui me permettait de tisser divers liens.»

Confinés dans le Musée d’histoire des sciences, les deux héros des «Sentiers extra-ordinaires» vont notamment évoquer les mystères de la montagne et la frayeur que celle-ci a généré dans la population jusqu’au XVIIIe, début du XIXe siècle. Au fil des épisodes, on parlera aussi des recherches d’Horace Bénédict de Saussure, de chasse aux cristaux et aux chamois, ainsi que de la naissance du tourisme.

Témoignages audio

Particularité de ces épisodes? Tous donnent la parole, sous forme de témoignages
audio, à différents acteurs de la société civile: alpiniste, météorologue, artiste, médecin, cristallier, garde-faune, etc. «On a généralement l’habitude que ce soit des gens du sérail qui s’expriment sur leurs collections. Ici, ce sont vraiment des intervenants extérieurs
qui font le lien entre les objets décrits et leur expérience vécue ou leur passion.»

À la fin de chaque tranche de ce projet multimédia qu’est «Les Sentiers extra-ordinaires», des activités ludiques de médiation culturelle sont proposées. Elles impliquent adultes et enfants dans le but de prolonger l’expérience. Le premier épisode invite ainsi à dresser une liste du matériel qu’on emporterait en excursion, et à la comparer avec celle d’Horace Bénédict de Saussure. «L’idée, c’est de montrer que les musées sont là pour le plus grand nombre, et pas pour une poignée de personnes», conclut Matylda Levet. «Les collections sont vivantes et chacun à un niveau différent peut s’approprier le patrimoine.»