Filmer la naissance de planètes comme on ferait un timelapse de chantier intersidéral : c’est l’exploit réalisé par l’Observatoire européen austral (ESO), qui a suivi pendant quatre ans le disque de gaz et de poussière entourant une jeune étoile.
Rares sont les études qui ont des airs de pouponnerie cosmique. C’est le cas de celle publiée dans la revue Astronomy & Astrophysics le 1er juin 2026 par des scientifiques du CNRS et de l’université de Bordeaux 2. Associés à l’Observatoire européen austral, ils ont réussi à suivre, presque en direct, la naissance de planètes autour de la jeune étoile AB Aurigae1, un astre de la constellation du cocher située à 520 années-lumière de la Terre.
Les astrophysiciens savaient déjà que les planètes naissent dans des disques de gaz et de poussière, et qu’au sein de ces disques la matière s’agglomère peu à peu pour former des mondes, rappelle le média Futurism. Mais grâce à leur utilisation du Very Large Telescope (VLT), l’un des instruments les plus puissants dont on dispose aujourd’hui, installé au Chili, ils savent désormais comment cette matière bouge, quelles structures tournent, se déforment… et où se cachent probablement les futures planètes.
En capturant des images de ces anneaux de poussières pendant quatre ans, les scientifiques ont distingué deux phénomènes qui n’obéissent pas aux bonnes vieilles lois de la gravitation, selon lesquelles plus on s’approche de l’étoile, plus la matière tourne vite, le tout dans une rotation bien ordonnée. Les observations d’AB Aurigae1 confirment cette danse globale, mais révèlent aussi des zones de turbulences, des régions où la vitesse et la direction s’écartent des modèles. Ces anomalies sont essentiellement de deux types : d’une part, on distingue des bras en spirale, et d’autre part, de fines ombres radiales qui balayent le disque.
Ces anomalies sont précisément ce qui intrigue les chercheurs : les premières pourraient signaler l’emplacement de planètes géantes en cours de formation, qui aspirent gaz et poussières et sculptent le disque. Les deuxièmes, elles, seraient liées à des amas de matière ou des protoplanètes cachées, qui projettent leur silhouette sur les grains en surface.
Mais ce qui intéresse surtout les scientifiques, c’est que cette découverte résonne avec ce que nous pensons savoir de notre propre histoire cosmique : si d’autres étoiles présentent des phénomènes semblables à ceux observé dans notre système solaire, cela pourrait signifier que ce dernier n’est pas une exception, mais un cas parmi d’autres d’un processus assez universel…