Un outil IA qui aide a retablir le cours du temps

L’ingénieur du MIT Alex Kachkine a mis au point une méthode permettant de générer un « masque » de restauration imprimable et amovible pour réparer les tableaux endommagés : il a restauré un panneau du XVe siècle en 3,5 heures, contre 232 heures de travail manuel. C’est 66 fois plus rapide. L’IA pourrait permettre de rendre accessibles au public 70 % des œuvres d’art actuellement conservées en réserve faute de temps et de financement.

La conservation des peintures à l’huile endommagées exige le repeintage manuel des lacunes, ce qui représente des traitements de plusieurs mois
et un coût considérable : 70 % des tableaux des collections institutionnelles sont sous clé, hors de la vue du public en partie à cause du coût des traitements. Les progrès récents en reconstruction d’images numériques ont permis d’envisager les résultats des traitements, sans toutefois pouvoir les atteindre directement. Cette étude présente la première restauration numérique appliquée physiquement à une peinture, une huile sur panneau très endommagée attribuée au Maître de l’Adoration du Prado (MPA) de la fin du XVe siècle. Parallèlement, 5 612 lacunes, couvrant 66 205 mm² et 57 314 couleurs, sont comblées à l’aide d’un masque laminé réversible composé d’une bicouche de pigments imprimés sur des films polymères, reproduisant fidèlement les couleurs. Afin de garantir l’efficacité de la restauration, les principes éthiques de la conservation des peintures sont appliqués quantitativement à la construction du masque numérique, un fondement essentiel qui fait défaut dans la littérature actuelle sur la restauration numérique. Le processus de remplissage dure 3,5 heures, soit environ 66 fois plus vite que le repeintage conventionnel, et le résultat correspond étroitement à la simulation. Cette approche offre aux conservateurs une prévoyance et une flexibilité sans précédent, permettant la restauration d’innombrables tableaux endommagés jugés indignes de budgets de conservation élevés.

Cette technique consiste à numériser l’œuvre en haute résolution et à utiliser un algorithme d’intelligence artificielle préexistant pour identifier les fissures ou les zones où la composition originale a disparu. Ces zones sont ensuite restaurées numériquement, un procédé déjà expérimenté par d’autres experts du domaine. Jusqu’à présent, il était cependant impossible de transférer ces modifications numériques sur l’œuvre physique.

Kachkine semble avoir résolu ce problème grâce à ce qu’il appelle un « masque numérique », créé en imprimant la restauration numérique sur des films polymères à l’aide de pigments de haute qualité. Ce masque peut être superposé à la surface de la peinture et fixé par un vernis. Point crucial, il peut également être retiré sans laisser de trace à l’aide de solvants utilisés en restauration.

Non seulement toutes les modifications sont effectuées grâce à la technique réversible de Kachkine, mais elles sont également accompagnées d’un enregistrement numérique permettant aux futurs restaurateurs de comprendre pleinement les traitements réalisés. Jusqu’à présent, selon Kachkine, l’accueil réservé à cette technique est « prudemment optimiste ». Une campagne de financement est actuellement en cours pour poursuivre son développement, dans l’espoir qu’elle puisse un jour être facilement adoptée par les restaurateurs intéressés.

Cette avancée majeure de Kachkine pourrait permettre aux restaurateurs d’appliquer des restaurations numériques à une œuvre d’art physique. Elle pourrait ainsi faire progresser les travaux déjà menés par certains chercheurs en art et informaticiens pour créer des reconstitutions numériques d’œuvres disparues.

via https://dspace.mit.edu/entities/publication/3e64bda6-fcb4-4d22-bbbc-e5f0ecef2a8b