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La Mission héliographique

Aux prémices du patrimoine : la « Mission héliographique » Par Derwell Queffelec

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Découvrez comment cinq photographes de génie ont révolutionné la photo en 1851, tout en sauvant de la ruine des centaines de monuments historiques.
Notre-Dame de Paris, les Arène d’Arles, le dolmen de Bagneux, le château de Chenonceau… Si ces monuments sont préservés aujourd’hui, c’est en partie grâce à cinq photographes qui ont sillonné la France en 1851 et ainsi installé l’idée d’un patrimoine à sauvegarder.
Premiers clichés de monuments, techniques innovantes, invention des codes de la photo d’architecture. La Mission héliographique est le point de départ de la notion de patrimoine et du développement de la photographie en extérieur. Si depuis la Révolution, la France envisage de préserver ses monuments historiques, le projet reste lettre morte.

Consigner la richesse des territoires

L’écrivain et historien Prosper Mérimée, jeune inspecteur des Monuments historiques depuis 1837, veut consigner la richesse des territoires. Deux ans plus tard, la photographie naît et Mérimée y voit le moyen de montrer à quel point les églises s’effondrent et les châteaux s’effritent. Mais la photographie est encore en cours de développement, l’outil, le daguerréotype, est lourd et surtout utilisé en intérieur pour des natures et des portraits.
Premiers clichés de monuments, techniques innovantes, invention des codes de la photo d’architecture. La Mission héliographique est le point de départ de la notion de patrimoine et du développement de la photographie en extérieur. Si depuis la Révolution, la France envisage de préserver ses monuments historiques, le projet reste lettre morte.
Début 1850, les progrès s’enchaînent et des photographes s’aventurent dehors. Prosper Mérimée saisit sa chance et passe la première commande publique de photographie.

« On va se dire que c’est peut être grâce aux photographies qu’on peut évaluer l’état d’un édifice, voir s’il est intéressant, s’il peut être classé au titre des monuments historiques et déjà avoir une première idée des interventions qu’il faudrait mener pour le conserver longtemps”, analyse Anne de Mondenard, historienne de la photographie.

Cent soixante-quinze bâtiments doivent être photographiés. Des édifices de toutes les époques, des arènes antiques aux églises romanes.
Cinq photographes, matériels sur le dos, sillonnent les quatre coins de la France : Gustave Le Gray, Auguste Mestral, Édouard Baldus, Hippolyte Bayard et Henri Le Secq. Cette armada est baptisée : la Mission héliographique.

“C’est aussi, pour les photographes qui sont sélectionnés, une manière d’expérimenter pour la première fois à une si grande échelle la photographie. Il y a des progrès énormes qui sont faits en l’espace de
quelques mois par les cinq photographes qui sont sélectionnés. On voit certains faire des essais aussi bien avec la lumière qu’avec les cadrages et puis parfois ils sont dans des situations un peu compliquées, il n’y a pas de recul, les objectifs qu’ils ont ne leur permettent pas d’avoir l’ensemble du monument. On les voit tenter différentes choses. Par exemple, Baldus voudrait des images qui ressemblent à des élévations d’architectes. Il a l’idée de faire plusieurs prises de vue et après il va découper ses négatifs pour les assembler et faire un tirage », résume Anne de Mondenard.

Des avancées technologiques

Juste avant de partir, Gustave Le Gray met au point un système de préparation du négatif qui rend la prise de vue plus propre et plus rapide. Il va réussir à prendre jusqu’à 30 photos dans la même journée.Une prouesse technique pour l’époque.

En tout, ils ramènent des milliers de clichés. Mais le procédé de développement est long, surtout en automne où l’humidité ralentit le processus. Les photos sont livrées seulement au printemps suivant.

Deux cent cinquante-huit clichés sont sélectionnés et inclus au dossier des monuments historiques. Les photographes sont remerciés pour leur travail patrimonial mais aussi pour leurs inventions et leur créativité.

« Il y a une presse qui commence à exister à cette époque-là et des critiques considèrent que ce qui a été fait c’est extraordinaire, que les tirages sont très grands, que les contrastes sont incroyables.Dans les milieux qui pratiquent la photographie, cette information circule. Malheureusement il n’y aura pas de publication mais l’information a assez circulé pour pousser d’autres photographes à aller sur les routes faire des photographies de monuments. Pendant une dizaine d’années, dans les années 1850, il y a une pratique de la photographie de grand format sur papier qui est assez importante enFrance”, note Anne de Mondenard.

La mission héliographique lance des photographes qui sont ensuite reconnus par leurs pairs grâce à leurs techniques. Gustave Le Gray devient par exemple le photographe officiel de la famille impériale.C’est la mission inaugurale dont se sont inspirées ensuite toutes les missions de photo publiques dans le monde entier.

De l’argent est débloqué pour réparer et sauvegarder les monuments menacés. La restauration des monuments historiques va peu à peu dépasser les frontières du privé et des grandes instances pour devenir ce qui est aujourd’hui une fierté nationale.