Une bague romaine plus étrange que la fiction

Cette énigmatique bague romaine en or a été trouvée dans un champ labouré près de Silchester en 1785. Le chaton carré présente un portrait de la déesse païenne Vénus, inscrit à l’envers SUNEV pour servir de chevalière à son propriétaire.

Curieusement, autour de l’anneau à dix côtés est grossièrement inscrite l’identité d’un propriétaire chrétien ultérieur, « Senicianus », qui proclame avec des fautes d’orthographe « vit en Dieu » (vivas in deo).

Une bague passant de mains païennes à des mains chrétiennes – c’est certainement possible au IVe siècle – mais, fait remarquable, une tablette de malédiction en plomb (defixio) a été découverte plus tard dans un temple dédié au mystérieux dieu britannique « Nodens », à 80 miles de là, à Lydney, dans le Gloucestershire.

Sur la tablette, un homme nommé « Silvianus » se plaint que sa bague en or a été volée et il soupçonne « Senicianus » d’être le coupable !
Silvianus déposa la tablette de malédiction et fit don au temple de la moitié de la valeur de sa bague perdue, dans l’espoir que les dieux « ne permettent aucune bonne santé à Senicianus ».

En 1929, l’archéologue Mortimer Wheeler fera le lien entre cette malédiction et l’anneau d’or…
Wheeler consulte un certain jeune J.R.R. Tolkien, professeur d’anglo-saxon à l’Université d’Oxford, pour travailler sur l’étymologie de la curieuse divinité Nodens et explorer les liens possibles avec l’énigmatique anneau d’or romain…

Peu de temps après, Tolkien a commencé à créer son légendaire de la Terre du Milieu, avec « Le Hobbit » et « Le Seigneur des Anneaux » qui tournent autour de l’anneau magique, doré et souvent volé, qui confère l’invisibilité à son porteur. Tolkien aurait-il été inspiré par l’anneau de Silvianus ?

Nous pourrions donc conclure de façon fantaisiste qu’au milieu du IVe siècle de notre ère, Silvianus, un Romain tardif qui s’accrochait encore aux anciens dieux païens, s’est fait voler son anneau de Vénus bien-aimé par un chrétien qu’il connaissait et qui s’appelait Senicianus.

Le pieux voleur a alors redédié l’anneau païen avec sa propre inscription ironique, disant qu’il « vit en Dieu ». L’amer Silvianus s’est ensuite rendu dans un ancien temple païen pour déposer une malédiction sur le voleur chrétien. Nous savons que l’anneau a été perdu par la suite, mais nous devons imaginer si le destin a rattrapé Senicianus…
Deux millénaires plus tard, l’anneau et la malédiction sur son voleur sont tous deux découverts à 80 miles de distance. Wheeler et Tolkien, des titans dans leur domaine, analysent les mystérieux artefacts et, peut-être, l’anneau d’or inspirera-t-il l’une des plus grandes œuvres de la littérature fantastique.

L’anneau de Silvianus est exposé à The Vyne Estate dans le Hampshire. La tablette de malédiction est exposée à Lydney Park Estate, Gloucestershire.

Source: Gareth Harney, https://mobile.twitter.com/OptimoPrincipi/status/1281546866019139585